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Claire Obscure - Lille aux trésors cachés

Marie-Lou, une rencontre magique et hors du temps...

12 Mai 2021, 14:44pm

Publié par Claire Obscure - Lille aux trésors cachés

Il est des rencontres qui marquent.

Qui ont marqué et qui marqueront. 
Marie-Lou est de celles-là. 

Au hasard d'une vidéo postée sur internet, c'est en tombant en admiration devant ce petit bout de femme de 103 ans ET DEMI, que le Road Trip pour aller la rencontrer s'est imposé. 

Un Road Trip girly, en chantant, en riant, en observant le paysage, les calvaires et les nuages, au milieu de la campagne entre Lille et Isbergues.

En allant s'imprégner d'Histoire(s). 



 

 

 

 

C'est dans cette ville aux allures de défiance au Titanic et au son de Radio Banquise, que nous avons découvert sa partie cachée.
Pas de la Lune ni de l'iceberg cette fois, mais de la Vie. 


Dans le contexte d'un confinement où les bars et restaurants sont fermés depuis plusieurs mois, Marie-Lou fait de la résistance et ouvre chaque matin la porte de son bistrot familial estampillé "Kronembourg".
 



Nous étions prévenues avec le reportage, "Y'a des gens, ils m'ont jamais rien fait, mais j'les aime pas. J'suis ptêtre un peu maboule". Alors, on passe la porte du bistrot, en ne sachant pas à quel accueil nous attendre...

Loin d'être glaciale malgré le nom de sa ville, elle nous invite à sa table, et malgré les restrictions, elle n'a pas peur des uniformes. "J'leur dirai que c'est des gens qui viennent me dire bonjour, hein"
Marie-Lou nous offre ses sourires, son regard bleu transperçant et l'honneur d'un apéritif à ses côtés.

Une Leffe chacune et un Martini rouge pour elle.
Cent trois ans et demi de vie, ça en fait des anecdotes à raconter, les sujets sont vastes et nombreux, mais on est dans le Pas-de Calais, il faut commencer par trinquer. 

 


Née pendant la guerre, le 23 novembre 1917, Marie-Lou aura traversé plus d'un siècle et a été, et est, le témoin vivant d'énormément de bouleversements.
Sa vie est en elle même, à contre-courant et hors du commun.

Fille ainée d'un couple originaire de Nantes dont le père, Eugène, travaillait au chantier naval de Saint Nazaire, elle arrive dans le Pas-de-Calais à l'âge de 8 ans. Quand elle a 14 ans, sa mère ouvre le bar, malgré les réticences de son époux. Mais en femme de tête, Irma impose ses choix et mène à la baguette sa famille et son commerce, qu'elle finira par céder à sa fille ainée par la suite. 

Jusque l'âge de 40 ans, Marie-Lou obéira à sa mère. "On obéissait en ce temps-là, c'est pas comme maintenant, aujourd'hui, c'est les gosses qui commandent. Faut pas maltraiter les enfants mais faut savoir les faire obéir. Ou alors je suis pas normale ?", nous lance-t-elle en souriant. 

Elle nous explique aussi être venue au confort tout doucement, pas comme aujourd'hui, pour elle le progrès est allé trop vite, et a fait perdre beaucoup de valeurs aux choses. On pousse aujourd'hui les gens à acheter "Faut vivre avec son temps, mais moi, je n'ai jamais dépensé un sou que je n'avais pas, je n'ai jamais eu un sou de dette, y'avait de la camaraderie à l'époque, aujourd'hui je ne sais même pas le nom de mon voisin." 

Sa mère étant décédée depuis 50 ans, elle est depuis seule maître à bord. Elle n'a pas pris de femme de ménage et s'occupe encore seule aujourd'hui de l'état de son bistrot et de sa vaisselle.

Bien entourée, voire "trop bien " à son goût, Marie-Lou peut compter sur ses amis pour lui faire ses "commissions" et aussi pour lui envoyer le médecin par surprise de temps en temps. C'est pour eux, et par politesse qu'elle a accepté récemment les deux injections du vaccin Pfeizer. 

Jamais mariée, Marie-Lou reconnait avoir eu un "ami" pendant 32 ans. A son décès, elle n'a "jamais repris personne, pourtant dieu sait si j'ai eu des occasions". Elle nous confie n'avoir jamais vécu avec lui mais avoir beaucoup voyagé en France à ses côtés, à Paris notamment, pour y voir des chansonniers, entre autres. 

 

 

A l'âge de 80 ans, étant encore en forme, elle a commencé à voyager à l'étranger, et pour plus d'une semaine, ce qu'elle n'avait jamais fait auparavant.
Au hasard d'une rencontre, elle se retrouve dans un avion direction "l'Amérique" comme dans ses rêves d'enfant.

Il se trouve qu'il s'agit de l'Amérique du Nord, du Canada.
Pour une première fois en avion, Marie-Lou regrette de devoir avant prendre un bus "j'suis pas faite pour vivre avec autant de bonnes femmes dans un autocar" sourit-elle.

Mais elle n'aura pas le choix, son avion est détourné et la fin du voyage aura lieu en bus, pour les 500 derniers kilomètres.

Elle ne savait pas ce qui se passait, elle a cherché (et trouvé) un petit porto pendant l'escale avant de reprendre la route. 

Son avion a dû atterrir à 80 kilomètres de New York.
C'était le 11 Septembre 2001.
Si proche du World Trade Center, un morceau d'Histoire marquait la sienne. 

 
Elle a ensuite tenté une croisière sur le Costa. Pas le jour du naufrage, pour une habitante d'Isbergues, ça aurait été le comble, d'autant plus après l'épisode des tours jumelles. 

Elle en reviendra déçue, après avoir trouvé la croisière monotone. Dénuée du sens de l'orientation, mais pourvue d'une grande mémoire temporelle, elle se sera en plus régulièrement perdue dans les couloirs, ce qui lui aura gâché le plaisir du voyage.

Elle aura aussi vu les gondoles de Venise, puis les fleurs d'Irlande. Passionnée de lecture, de mots croisés, réfractaire à la marche et au sport depuis toujours, elle ne sait vivre que seule, et ne s'ennuie jamais, préférant lire à la terrasse des cafés, à l'heure des excursions pendant ses voyages organisés.


Elle aura pratiqué du piano intensivement jusque la mort de son père, pendant que sa soeur, de quatre ans plus jeune qu'elle, jouait du violon. Elle confie avoir eu des parents précurseurs dans beaucoup de domaines, et leur en être reconnaissante. 

Pas de "rejetons" à son compte, elle s'est pourtant toute sa vie occupée des enfants qui ont grandi dans son bar, et qui, pour beaucoup passaient plus de temps entre ses murs que chez eux. Elle nous parle de sa relation avec ses parents, des omertas sur certains sujets, notamment à propos de "l'amour" et des règles de la nature.

Elle aura appris "la vie" en observant les poules et les lapins derrière le canal, le sujet étant tabou avec ses parents. "On a été élevées bêtes avec ma soeur, heureusement qu'on s'est rattrapées ! Mais maintenant par contre, les gosses ont accès à tout, c'est de trop, moi c'était pas assez, mais eux c'est de trop." 

Elle confie avoir besoin de peu de sommeil, et ouvre donc son bar chaque jour vers 8h45 "fraiche et dispose". Elle n'ose pas ne pas ouvrir de peur que ses voisins ne viennent pour vérifier si tout va bien. "J'peux pas m'en aller sans le dire, sinon ils cherchent après moi", dit-elle souriant, en parlant de certains d'entre eux.

Sa voisine directe a une clé de chez elle, ce qui est bien pratique comme elle nous dit, au cas où, en cas de chute par exemple, ou comme un soir où rentrant de soirée à 3 heures du matin il y a peu, elle n'a pas retrouvé les clés dans son sac et a donc réveillé sa voisine pour éviter de dormir dehors. Finalement le lendemain la clé était dans son sac. Ce souvenir la fait rire, et nous aussi bien sûr.

En parlant de politique et de vote, elle incite à le faire, à voter blanc ou à voter contre Le Pen "faut pas qu'elle passe celle-là". En parlant de Macron, ça n'est pas qu'elle le porte dans son coeur, mais elle admire le fait qu'une femme plus âgée soit en couple avec un homme plus jeune. "Y'a pas de raison que seulement les hommes aient le droit". En parlant des députés "ces vieux briscards qui touchent 6500e et qui dorment ou font des mots croisés" ne lui inspirent pas confiance, malgré leur pouvoir certain. 


 

A 80 ans, bien qu'elle considérait ça comme un grand âge, elle n'était pas prête mais elle reconnaît qu'aujourd'hui, elle n'attend plus rien.

Elle ne demande pas à mourir, mais elle sait qu'elle y est prête.

"Je n'ai jamais eu besoin de personne,
j'ai toujours été à l'avant-garde, je n'ai jamais suivi les règles. 
J'ai eu une belle vie."

 



 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est déjà l'heure de dîner et de lui dire "Good Bye" pour l'instant, comme dirait Michel.

Merci pour ces moments partagés Marie-Lou, certaines rencontres valent mieux que mille livres. Et avec 103 pages 1/2 dans le vôtre, vous êtes loin de nous avoir encore tout dit, on reviendra.

Et c'est prévu, vous nous l'avez dit, nous sommes réinvitées. 

A bientôt j'espère :)  


"La Magie des Rencontres" comme dirait l'Ours...

Ci-dessous le reportage qui nous a donné l'envie d'aller à la sienne :
 

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